Guillaume Lavigne

Peintre Graveur

La Face cachée de la Mélancolie

La Face cachée de la Mélancolie

Les oeuvres des trois artistes réunis pour la première fois par Michel Dubois dans sa galerie
« Le Garage » sont bien différentes. Différentes dans leurs techniques, différentes dans leur échelle,
leur format et leur précision. Elles s’apparentent pourtant assez familièrement à ce qu’au début du vingtième siècle on nommait à Vienne « l’Inquiétante Étrangeté du Monde » qui, mettant celui-ci en question, pouvait ébranler ses certitudes et ses vérités en distillant une angoisse certaine.
Cependant il ne s’agit pas d’art « fantastique » au sens ou celui-ci fait appel à l’éventail halluciné du monstrueux. Il s’agit bien plutôt ici d’être dans l’ombre portée de la Mélancolie, plus culture de l’ambiguïté, du doute et du décalage du sens que de la fantasmagorie pure. Le noir est plus dans l’obscurité des desseins et du propos que dans le cortège des masques grimaçants du bizarre.
Les forces instinctives essentielles, Éros et Thanatos en particulier, c’est-à-dire les pulsions de vie et de mort, le devenir et le passé, le désir et la destruction, les peurs et les espoirs qui sont les points dominants de l’art depuis des siècles sont mesurés ici à l’aune d’une époque déraisonnable, semblant avoir perdu son sens et ses valeurs.

Il en est ainsi des casaques, vestes, vareuses, cabans ou capotes de tous genres peint et dépeints par Guillaume Lavigne. Vêtements austères vus comme une double peau, ou plutôt comme un cercueil qui attend son futur locataire. Les redingotes ne se ferment que sur un grand vide, comme si l’être à protéger n’était plus qu’un vague projet bientôt inenvisagé. En retroussant sa peau de drap, le mort voit tous les trous que Dieu lui a faits et leur bouche d’ombre. La mince paroi de tissu si ornée soit-elle de traces humaines est désertée comme la peau d’un lièvre qu’on vient de tirer, ou plutôt comme la peau de garance de tous les Saint Barthélémy tués au combat ou ailleurs exhibée sur nos monuments aux morts.

Marc Giai-Miniet